Mercredi 3 Septembre 2008
Prends ma main
Par Alexiane, Mercredi 3 Septembre 2008 à 22:49 GMT+2 dans Coup de foudre
Alors, cette pause dans le petit port? Ca t'a plu? Ca te va si nous nous remettons en route?
On ne va pas loin cette fois.
Une fois passé le port, tu prends la route principale qui vire légèrement sur la gauche. A peine 800 mètres plus loin, tu vois, toujours sur la gauche, une passerelle. C'est là. Arrête toi sur le bas côté.
Traverse le chemin et prends-la. Passe le portail et entre dans cet endroit magique.
Le porche est complètement recouvert de verdure, de lierre grimpant et d'arbustes divers. Quand tu passes dessous, c'est comme si tu entrais dans un "ailleurs" où le monde moderne n'a plus cours.
Malgré la proximité de la route, aucun bruit ne vient déranger la quiétude de ce lieu, si ce n'est le chant des oiseaux ou le crépitement caractéristique des criquets.
Il règne ici une paix infinie.
As-tu senti? Plus que le silence, une harmonie exceptionnelle qui te fait t'arrêter un instant pour t'en imprégner, avant même de regarder autour de toi. Respire un grand coup.
Ici, c'est l'Ermitage des monolithes ou dit Ermitage de Saint Martial et ce que tu vois est son jardin.
Complètement fermé, à part l'entrée, une grande pelouse d'un beau vert tendre est entourée d'arbres majestueux sur ses deux tiers. Une allée ondule vers la falaise tout au fond. Sur le côté de celle-ci, comme appuyée contre la paroi, une débauche de plantes et de fleurs encadrent un petit autel. Presque câché, il se dégage de lui une sorte d'humilité face à la démesure de ce qui l'entoure.
Une vieille croix est perchée dessus et la mousse qui s'y est déposée au fil des ans se marie parfaitement à la nature foisonnante tout autour.
Avance doucement sur la voie qui est ouverte devant toi.
Près de la falaise, elle tourne à angle droit et est remplacée par des escaliers.
Au départ, ceux-ci devaient être taillés à même la pierre, ou peut-être n'était-ce qu'un sentier.
Malgré l'empreinte que l'homme y a laissé, cela reste joli, comme si on avait voulu conserver le lieu le plus naturel possible.
En haut, tu arrives sur une minuscule place ombragée. A ta droite, un gros morceau de roche est posé sur l'herbe.
Deux ou trois morceaux de pierres verticales à distance égale semblent attendre qu'on y place le tablier qui en feront un siège. Un figuier tend ses branches au visiteur pour qu'il puisse profiter de ses fruits gorgés de soleil.
Au milieu, sous les arbres, un banc. Et, sur ce banc, une vieille dame est assise.
Elle est là tous les jours. C'est la gardienne, la mémoire de cet endroit.
Prends le temps de t'asseoir à ses côtés et de l'écouter. Elle connait l'histoire de France sur le bout des doigts, ce qu'il faut visiter, où il faut aller et pourquoi.
Elle a 94 ans et son visage est le témoignage de toute une vie. Les rides sillonnent chaque courbe, chaque méplat, chaque délié. Certaines sont légères, comme une caresse qui aurait laissé une simple trace; d'autres sont profondes, creusées. Jusqu'à ses oreilles, qui sont également marquées par le temps.
Elle porte un chapeau de paille, une robe, des bas et de gros godillots d'une autre époque.
Derrière ses lunettes, ses yeux pétillent d'intelligence et n'ont rien perdu d'une vivacité qu'elle doit posséder depuis des décennies.
Un gros trousseau de clefs pend mollement au bout de ses doigts et une canne est laissée contre le banc.
Si tu as la chance de parler avec elle, tu verras qu'elle ne mâche pas ses mots. Elle a une franchise comme on voit peu, elle dit ce qu'elle pense. Brut de décoffrage, je dirais.
Elle raconte l'histoire de l'Ermitage avec beaucoup de pittoresque. J'aurai bien aimé la prendre en photo mais elle a décliné, arguant que des gens malintentionnés s'étaient déjà servi de son image sans lui demander son avis.
J'ai regretté de ne pas savoir dessiner, j'aurai aimé pouvoir la croquer.
A flanc de paroi, trois petites portes sont ouvertes qui abritent l'habitat monolithe. Quand tu entres, tu sens de suite la fraîcheur. Les grottes ont été aménagées au IIéme siècle par des moines. La cheminée creusée dans le calcaire est gigantesque. Fais un tour à l'intérieur et ressors.
Demande à la gardienne si elle veut bien te montrer la chapelle.
Celle-ci est, comme l'église de Talmont, hautement énergétique. Quand j'y suis rentrée, j'ai repris mon souffle.
Ressens-tu cette profonde vibration? Je te le souhaite.
L'oratoire a une particularité. Comme le faisaient les égyptiens, on a creusé la roche de façon à ce que le rayonnement du soleil éclaire en permanence l'autel. Si tu lui tournes le dos, tu verras les quatre ouvertures juste devant la fenêtre et les différentes hauteurs qui permettent ce petit miracle de science optique.
Puis, mets toi face à l'autel et imprègne toi de l'énergie qui vient de lui.
La gardienne raconte tout ça bien mieux que moi. Elle "sent" les choses et, pendant que tu te tiens là, elle risque de passer la main dans ton dos et te dire quelques petites choses qui pourraient te surprendre. Et toujours avec cette pointe d'humour franc qui lui est personnel.
En ressortant, si tu as encore un peu de temps, demande-lui de t'expliquer ce qu'est cette roche posée là, au milieu de nulle part.
Certaines personnes viennent ici pour se ressourcer ou se "nettoyer". Ce gros morceau de pierre est là pour ça.
Mets les mains dessus, la conservatrice te dira où et ferme les yeux.
Quand tu n'en auras plus besoin, tu les enlèveras de toi-même.
Je ne peux pas t'en dire plus, je crois que certaines choses ne s'expliquent pas. On y croit ou pas.
De toutes les manières, ça ne peut pas faire de tort non?
Bon, je t'ai tout indiqué, je te laisse ici. Continue ton chemin ou reste encore un peu, à toi de voir.
Je suis contente d'avoir partagé un bout de route avec toi. Merci de m'avoir fait confiance.






