Après deux semaines et, surtout, deux week-end entiers à me morfondre chez moi, à déprimer doucement à cause du temps, de la vie... deux week-end à légumer devant la télé avec des "crasses" (bonbons, chips, chocolat et j'en passe...) à faire pâlir d'envie le moindre gamin qui passerait dans le coin.... deux week-end à me gaver de séries télé débilitantes les unes derrière les autres... j'me sens mieux. Et même, si je m'y arrête deux sec, vachement mieux.
Ca peut paraître bizarre, ou paradoxal, voire les deux mais ce genre de descente dans la solitude et la déprime me conviennent plutôt bien à moi.
C'est toujours le même processus d'ailleurs. Je vous explique.
Il m'arrive un truc désagréable, contre lequel je ne peux rien... puis un second, puis un troisième et ça commence. Au détour d'une démarche anodine, je me rends compte de la profondeur de ce qui me touche et depuis combien de temps ça me turlupine là-bas derrière dans mon petit crâne. Je déballe alors le tout à une amie qui, bien évidemment, ne réagit pas exactement comme je l'aurai espéré et je me prends le retour en pleine figure. Et là, une fois les vannes ouvertes, va-t-en les refermer tiens.
Et c'est là que ça devient difficile parce que, si je suis loin d'être une optimiste, je n'en suis pas moins une reine du trompe-l'oeil, ou de la politique de l'autruche, ou encore du bandeau sur les yeux, surtout quand il s'agit de mes petits problèmes à moi. Je passe mon temps à répéter à tout va que tout va bien, que la vie est belle, que je suis très contente de mes activités, que j'ai des amis formidables, etc... à force, ça en devient une vérité.
Tant et si bien que je finis par occulter les aléas de la vie, les choses qui tracassent, les contrariétés, les petits soucis et les gros chagrins. Méthode Coué ou, plus proche de nous, méthode Danny Boon. Vous connaissez non? "Je vais bien, tout va bien". Puis, encore plus fastoche, quand on me demande si ça va je saute directement à "Assez parlé de moi, et toi, ça va bien?" Parce qu'il est bien connu qu'écouter les autres et les aider à résoudre les leurs de problèmes, ben ça empêche de se focaliser sur les siens propres. Et, si si, ça marche, très bien même.
Et, finalement, ben ça va pas si bien que ça. Et je rentre dans la deuxième phase du cycle.
Après ma conversation avec mon amie qui n'a pas exactement réagi comme je l'aurai voulu, j'appelle quelqu'un d'autre - ma soeur, une autre amie - et je ressors mon laïus assaisonné cette fois de quelque chose qui ressemble à "Non mais, tu te rends compte de ce qu'elle m'a dit?". "Elle" étant bien entendu la première amie. Je me plains donc, non plus uniquement de mes problèmes mais aussi de sa réaction à "Elle". Parce que maintenant que je les vois bien mes contrariétés, y a plus moyen d'y échapper et que c'est plus facile d'en ajouter que d'en enlever. A un point tel que ça en finit parfois par s'auto-alimenter sans fin. La personne que j'appelle m'écoute sans dire mot - difficile n'est-ce pas de trouver les mots dans ces cas-là - et je suis une fois de plus frustrée et déçue. Et, honte à moi, je me montre désagréable envers elle qui n'en peut rien. Et c'est la troisième phase du cycle, la moins jolie.
Celle où je remballe tous les gens que je connais, que je les aime ou non, qu'ils m'apprécient ou pas. Je deviens un vrai porc-épic, pas le petit hérisson qu'on voit dans nos campagnes non, le gros porc-épic avec des pointes de 50 cm qui fait 15 à 20 kg minimum. Et, croyez-moi, je peux être vraiment désagréable quand je m'y mets.... J'ai honte j'vous dis.
Heureusement, en vieillissant, je deviens plus sage (puis je me connais mieux aussi) et, si je ne peux toujours pas sauter une phase, je peux au moins les raccourcir et passer plus vite à la suivante. Quatrième phase du cycle donc.
Où on voit la pauvre malheureuse pleurer toutes les larmes de son corps sur son triste sort.... Je rigole là, je dramatise à mort. Non, c'est la phase de repli sur soi, de "foetalisme" à l'extrême. Z'savez, quand on se couche dans son lit en position foetale en serrant bien fort son oreiller dans ses bras? Celle où on ne répond pas au téléphone, où on se traine en pyjama toute la journée de son lit à son divan et vice-versa, où on ne veut voir ni parler à personne, celle où on se trouve moche et conne ... ouais j'exagère, mais à peine. Ce que j'ai fait pendant ces deux derniers week-end quoi. Sauf que, pour en remettre une couche, j'avale tout et n'importe quoi, surtout du calorique (pour la bouffe) et du débilitant (pour la téloche) à mort. Tout ça jusque dimanche matin....
J'ai trainé ma déprime de pièce en pièce en regardant l'horreur s'amonceler (le linge dans la salle de bains, la vaisselle sale dans l'évier, les nounous sur le sol, la poussière sur les meubles) et en ressassant à quel point ma pauvre vie était dure jusqu'à hier matin. Quand je dis que les phases peuvent passer plus vite....
Et là, ça va mieux, vachement même.... Hier matin, je me suis levée, j'ai commencé au saut du lit. Direction le marché, exit les cochonneries, bonjour la nourriture saine. J'ai lessivé et le linge et les rideaux et tentures, j'ai repassé, fait la vaisselle, cuisiné, passé l'aspi, rangé tout ce qui trainait, fait un tri tant que j'y étais, fait les poussières, nettoyé pour finalement m'écrouler à 23h30 dans un lit tout propre dans un appart qui sentait vraiment bon le frais.....
Ben, vous savez quoi? Rien que pour cet instant là, ce pur moment de bonheur, je veux bien me refaire le cycle au complet....