Balade champêtre
Si jamais un jour tu passais par Royan, je te conseille de pousser un tout petit peu plus loin.
Prends la départementale vers Saint George de Didonne, puis vers Meschers que tu traverses.
Après Meschers, la route longe la côte par moment et, aux détours du chemin, la mer apparait de temps en temps.
Je dis la mer parce que nous sommes dans l'estuaire, pas vraiment sur l'océan. Ca n'enlève rien à la beauté de celle-ci, que du contraire. De loin, elle semble tout aussi bleue.
Tu n'es plus sur la départementale mais sur une route de campagne. Le paysage est vallonné et elle serpente paresseusement entre les collines. De chaque côté, régulièrement, tu vas voir des champs de tournesol qui colorent de leur jaune intense le vert des arbres, de l'herbe et des marais qui bordent l'estuaire. Si tu as de la chance et qu'il fait beau, tu pourras admirer leur grande corolle tournée vers le soleil en une sorte d'adoration muette. Sinon, elles seront courbées et offriront à ton regard leur dos affaissé, ce qui leur donne un air un peu triste même si leur grâce n'en est pas altérée.
Après quelques kilomètres, sur ta droite, apparait Talmont avec ses falaises crayeuses et, sur sa pointe loin dans l'eau, ses remparts que surplombe majestueusement son église.
Si jamais tu avais le temps, arrête-toi pour la visiter. On dit qu'elle est bâtie sur des forces telluriques et qu'elle est hautement énergétique. Pour cela, tu dois laisser ta voiture sur le parking, le village est entièrement piétonnier.
C'est une bonne idée, tu ne trouves pas? Je trouve ça tellement dommage quand il y a plein de voitures qui circulent en permanence. Ici, c'est calme, presque silencieux.
Pour arriver à l'église, il faut traverser tout le village et tu peux pleinement profiter de cette paix provisoire.
Laisse tes pieds te guider dans ses petites rues étroites bordées de vieilles maisons de pierre. Ici, pas de building, rien que des petites maisons. Et des fleurs. Des fleurs partout, de toutes les couleurs. Qui éclairent le monochrome des façades. Qui le soutiennent et le relèvent. Et des volets colorés eux aussi, en bleu souvent. De ce même bleu que tu peux voir en Provence, peut-être un ton légèrement plus clair. Tu le connais ce bleu? Pour moi, il est synonyme de chaleur, de pierraille, de garrigue et de cigales.
Quand tu as traversé le village, au bout du chemin, tu tournes à gauche et tu te retrouves face à la mer, sur le rempart. Approche-toi et penche-toi sur le rebord, n'aie pas peur. Allez, encore un peu. Regarde comme elle vient s'écraser sur la pierre, là, tout en bas. On a beau ne pas être directement sur l'océan, tu vois la force qu'elle met à se jeter encore et encore à l'assaut de cette muraille comme si elle voulait la briser?
Suis le chemin, longe le rempart et, après une nouvelle courbe, l'église se dévoile enfin, superbe. Non pas qu'elle soit très grande mais, si comme moi, tu y es sensible, tu sentiras cette sourde vibration qui émane d'elle.
Sur sa gauche, le rempart la contourne; elle est entourée d'eau, comme une presqu'île. Sur la droite, un vieux cimetière où d'anciennes tombes lézardent sous les rayons du soleil.
Si tu te penches encore par-dessus le mur à l'arrière, tu peux découvrir la falaise se mêler intimement au travail de l'homme. C'est très joli ce contraste entre le blanc des falaises et le gris-brun des pierres. Quelques rares touffes d'herbe et quelques fleurs y poussent, contre toute attente, ajoutant ici et là une touche bigarrée. Tout tout en bas, à fleur de mer, quelques trous d'eau servent de repère aux crabes qui jouent à cache-cache avec les yeux des curieux.
Rentre dans l'église si tu en as envie et, comme moi, assieds-toi dans la chapelle tout au fond. Il y est mis que cet endroit est pour la prière ou le recueillement. Même si tu ne crois pas, y méditer quelques minutes te remplit d'une douce paix et d'harmonie.
Quand tu te sens prêt, je te suggère de te remettre en route. Reprends ta voiture et dirige-toi vers Mortagne sur Gironde. C'est un peu plus loin, je sais mais ça vaut le détour, fais-moi confiance.
La route fôlatre avec la côte, rentrant dans les terres un instant pour mieux y revenir l'instant d'après. Elle monte et elle descend de plus en plus au fur et à mesure que les collines se font plus hautes et les vallons plus profonds. Dans une de ses courbes, tu peux voir sur ta gauche au loin la mer enchâssée dans un écrin de champs et de petits bois. La région est belle, très verte. Il y a le vert tendre de l'herbe, le vert mousse des arbres, le vert émeraude des marais, le vert un peu jaune de certains champs, le vert profond des vignes et tous ces verts se mélangent en une palette qu'un peintre rêve sûrement de posséder. Et, de temps en temps, le blanc des falaises miroîte au soleil en une touche lumineuse tranchante.
Quand tu n'y penses plus, tout occupé à boire des yeux la campagne environnante, tu entres enfin dans Mortagne. Traverse-le vite jusqu'au petit port. Là, à toi de choisir si tu veux y faire une pause ou non. Personnellement, je préfère m'y attarder au retour, m'asseoir sur une terrasse dans les derniers rayons du soleil couchant qui vient se refléter sur les flans des bateaux amarrés.
L'endroit que je veux partager avec toi se situe un peu plus loin, 800 mètres environ.
Tu veux y flâner un peu? Pas de problèmes, je te laisse en profiter tout ton saoûl. Je reviendrais un peu plus tard te guider pour la suite du périple. Prends ton temps, je ne suis pas pressée.
A tantôt alors.
Par Alexiane, Lundi 1 Septembre 2008 à 16:02 GMT+2 dans Coup de coeur (article, RSS)







