Coeur perdu dans la tourmente
- Dis, tu as vu?
- Vu quoi?
- Non, pas quoi. Qui.
- Quoi qui?
- Le beau mec là, celui qui t'a souri.
- Non.
- Non?
- Non. Je ne vois pas ce genre de choses.
- Comment ça, tu ne vois pas ce genre de choses?
- Ben non. Ca ne m'intéresse pas.
- Ca ne t'intéresse pas?
- Non.
- Dis moi, ça va durer encore longtemps?
- Quoi?
- Ca! Ton attitude.
- Qu'est-ce qu'elle a mon attitude?
- On dirait que tu as renoncé.
- Renoncé? A quoi?
- A l'amour.
- Ben tiens, voilà autre chose.
- Oh, tu peux bien être sarcastique, c'est un fait.
- Et qu'est-ce qui te fait dire ça?
- Tu ne regardes plus autour de toi. Tu ne souris plus aux gens. Tu ne dragues plus. Tu ne te retournes plus sur un beau mec.
- Mais qu'est-ce que tu racontes? Bien sûr que je regarde autour de moi. Et je souris à plein de gens.
- Ouais, tu parles! Aux gamins, aux femmes, aux personnes âgées.
- Ben oui. Et je souris aussi aux mecs, à plein de mecs en fait.
- C'est ça. Cause toujours. A ceux qui sont mariés, à tes potes, à ceux qui sont trop jeunes. A tous les gars qui sont hors de portée, qui sont indisponibles. Bel effort!
- Non mais ça va là? T'as fini?
- Non. Et l'amour dans tout ça?
- Quoi l'amour? J'aime. J'aime mes amis, ma famille. J'aime lire, voyager, faire plein de trucs. J'aime apprendre et donner. J'aime plein de choses quoi.
- Je te parle de L'Amour! Tu sais, quand tu rencontres quelqu'un qui te met des étoiles dans les yeux et plein la tête. Aimer. Choyer quelqu'un, avoir envie de le voir, de lui parler, de se faire prendre dans les bras et de se faire consoler.
- Non mais t'as fini oui? On devait pas faire les magasins? T'as décidé de me gâcher l'après-midi ou quoi? Depuis quand tu fais dans la psy à deux balles?
- Non j'ai pas fini. Je suis ton amie et je m'inquiète. Excuse-moi mais tu t'es regardée dernièrement? T'es toute tristounette. C'est comme si tu t'étais éteinte de l'intérieur.
- Pffff...
- Sérieusement, ça me fait chier de te voir comme ça. Alors?
- Alors quoi? L'amour? Celui-là? Je n'y crois plus.
- Comment ça, tu n'y crois plus?
- Oh, tu m'énerves à la fin. Je suis bien, je vis ma vie. Ca va, vraiment. Je suis tranquille, j'ai trouvé un équilibre, je suis zen. J'aime les gens qui m'entourent, je fais plein d'activités. J'aime même les gens que je ne connais pas. J'ai trouvé une occupation qui me permet de donner plein d'amour sans rien attendre en retour. J'aime les oiseaux, le ciel, les fleurs... que sais-je encore. Toutes ces petites choses qui font qu'une vie est belle.
- Mais tu n'aimes pas.
- C'est quoi ce délire? Et puis, c'est quoi l'amour? Ca veut dire quoi? L'amour... l'amour c'est... Tout le monde ne fait que parler de ça. Comme si il y avait une obligation d'être deux pour être heureux. Et ça donne une occasion de plus de s'entre-déchirer à qui mieux mieux. Est-ce que toi tu regardes autour de toi parfois? Tu veux que je te parle des couples autour de moi? Ou du monde en général? Et toi? Avec ton mec? Tout va bien? T'es heureuse? Tu l'aimes?
- N'essaie pas de détourner la conversation. C'est de toi qu'on parle, pas de moi.
- Tu sais que tu m'emmerdes? Je n'y crois plus à l'amour. J'y ai cru oui. Et pas une ou deux fois, non, mais plusieurs fois. Et pourquoi? Pour quel résultat? Rien! Strictement rien. Il n'y a pas très longtemps, je me suis encore plongée dans une de ces relations. Je me suis donnée corps et âme. Je me suis noyée dans un regard profond. J'ai bu les paroles d'une bouche fondante à souhait. Je me suis coulée dans des bras tendres et forts. Je me suis donnée comme jamais. Et je me suis éclatée sur la crête de la réalité. Et mon coeur s'est arraché de ma poitrine et s'est brisé en mille morceaux. Je n'ai pas eu la force d'en ramasser les minuscules bouts éparpillés partout. Alors, je les ai laissés là et j'ai repris mon chemin.
Voilà, t'es contente?
- Et alors?
- Alors? J'aime, je suis heureuse. Je vais bien. Je suis en paix, et avec moi-même et avec les autres. J'aime de toute mon âme. Je donne tout ce que j'ai à donner. Et c'est déjà pas si mal. Qu'est-ce qui te dérange finalement?
- Rien. C'est juste que je trouve ça triste... et dommage.
- Triste... Peut-être que ça l'est, peut-être pas. L'important n'est-il pas d'aimer tout simplement? Peu importe qui ou comment? Est-ce que ça ne suffit pas?
- .....
Par Alexiane, Mardi 8 Juillet 2008 à 15:12 GMT+2 dans Coup d'essai (article, RSS)






