Programme de vacances de cette année: stage de massage
Antécédents: néant ou presque... enfin tout dépend si on peut appeler une initiation de trois jours une expérience dans le domaine
Yoga: jamais sauf si me contorsionner pour attraper la balle du chat sous le divan et les meubles peut passer pour du yoga.
Qi-Qong ou Tai-Chi: néant quoique rester longtemps dans la même position, ça je sais faire. Pour regarder la télé par exemple, ou encore m'étaler sur le sable au soleil.
Acrobatie ou autre préparation physique: euh... est-ce que marcher de chez moi à l'arrêt de bus ou grimper sur un tabouret préalablement assorti d'une pile de bd pour laver mes vitres, ça compte?
Bon ce questionnaire aurait dû me mettre la puce à l'oreille vous me direz. Eh bien non.
Forte de mon désir d'apprendre à faire du massage, je n'ai pas fait plus attention que ça. Puis je me suis dit que c'était pas grave, que j'apprendrai ça en plus sur place.
J'étais plutôt sportive étant jeune.
Oh, ça fait pas si longtemps que ça, n'exagérons rien. Une paire de dizaine d'années à peine. Rien quoi.
Soit, quelques échanges mailistiques plus tard, mon inscription était faite.
Il a l'air plutôt sympa le gars, et sa nana parle français, ce qui m'arrange. Pas que je ne parle pas anglais mais c'est toujours plus confortable dans sa langue maternelle.
La veille du départ, opération préparation du sac de voyage. Petit calcul rapide, 13 jours sur place, il me faut donc au minimum une dizaine de tenues pour pouvoir faire face. Plus assez de sous-vêtements, des chaussettes, des chaussures. Bon, en Grèce fin septembre, il devrait faire chaud. Tenues d'été de rigueur mais je rajoute un ou deux pulls, on ne sait jamais qu'il ferait frais en soirée. Je mets encore une trousse de toilette, un peu de maquillage et mon sacro-saint sèche-cheveux sans lequel je ne peux pas survivre.
Eh oui, je suis une citadine moi, une vraie de vraie.
Bilan: on n'y glisserait plus un cheveu. Je pars deux malheureuses petites semaines et j'ai un sac plein à craquer.
Je sors tout, fais un second tri, remets ce que je juge utile mais mon sac reste pas mal plein et, surtout pas mal lourd.
Tant pis, au moins je suis couverte. Quoi qu'il arrive, j'aurai de quoi faire ainsi.
J'allume mon ordi pour lire mes derniers mails et prendre note de la route.
Parce que c'est pas tout ça d'arriver à Athènes. Une fois là-bas, je suis loin de ma destination finale.
Donc, consciensieusement, je note.
Le matin suivant, très tôt, débarbouillage, empoignage du sac qui peine à s'arracher du sol, une caresse au chat et me voilà partie.
Tram jusque la gare, train jusqu'à l'aéroport et avion jusqu'à Athènes. Tout ça en courant parce que, comme d'habitude, je suis loin d'être à l'avance. C'est ma marque de fabrique diraient certainement ma soeur et mes amis. Toujours à la bourre la fille.
Le trajet se passe sans trop d'accroc, j'arrive enfin à Athènes. Et, comme disait mon père, c'est là que les romains s'empoignent. D'abord, trouver mes notes. Je cherche dans mon sac à main, nada. Mais où ai-je pu foutre cette bon dieu de feuille? Je trouve un petit coin tranquille, opération fouille du sac. Rempli comme il l'est, je vous dis pas. Enfin, après une demi-heure de recherches de plus en plus énervées et, surtout, paniquées, j'arrive à mettre la main dessus. Je l'avais consciencieusement déposé dans la poche latérale pour pas le perdre ni l'oublier.
Alors, si je comprends bien ce que j'ai écrit, faut que je trouve la gare qui est juste à côté de l'aéroport, prendre un train jusqu'à un bled puis un autre jusque Evia. Et là, on vient me chercher en voiture.
Facile me direz-vous. Ben tiens. Dans un pays où tout le monde ne parle pas forcément anglais et où l'écriture n'est pas la même que la vôtre. Puis, c'est la première fois que je pars toute seule, sans agence, sans amis.
Allons, on ne se décourage pas. J'arrive à hisser le sac sur mon épaule et me voilà partie vers la gare.
"Fais confiance à ton sens de la débrouillardise" sont les mots qui tournent dans ma tête.
Et, de fait, ça marche. Je trouve un train qui m'anène directement à ma destination finale sans devoir en changer.
Deux heures de trajet, dans un décor époustouflant. On longe la côte de temps en temps, à flanc de montagne parfois. Ca tourne sec souvent, on se croirait dans les montagnes russes... la vitesse en moins quand même.
Une fois à Evia, je descends du train, sors de la gare et j'attends.... et j'attends.... et j'attends...
Les minutes puis les heures tournent. Est-ce que je suis bien à la bonne gare? J'ai soudain comme un doute.
Un peu plus loin, une autre nana attend elle aussi. On se regarde en chiens de faience pendant de longues minutes.
Finalement, je me lance et lui demande si elle attend aussi après la même personne que moi. Yes! Je ne me suis pas trompée.
Enfin, une voiture arrive, s'arrête et deux mecs en descendent avec le look post hippie des années 70.
Un grand sourire aux lèvres, ils s'avancent vers nous deux, se présentent et nous disent de monter dans la voiture.
Un des deux prend mon sac, le soulève, me regarde, dit quelque chose à l'autre et ils se marrent.
Mouais, j'ai peur de comprendre.
Dans la bagnole, ils me disent que la session de cours prévue a été un peu modifiée. Comme les autres inscrits se sont désistés, je suis la seule à suivre la formation. Ils ont bien été tentés de me prévenir et d'annuler mais, comme ils estiment que c'est une grande chance, ils ont décidé de ne rien me dire, de me laisser venir et de me laisser le choix.
Je peux évidemment ne pas la suivre et rester en vacances mais ils me répètent encore et encore à quel point j'ai de la chance de pouvoir étudier en tant que seule élève.
Comme je suis là, je me dis qu'ils ont raison et décide de ne rien changer, de suivre les cours comme prévu.
Je n'avais aucune idée de ce qui m'attendait......
On arrive à la "maison" et, de suite, je comprends ce qui les faisait marrer. Elle est complètement isolée, au milieu des champs et des bois. Il y a tout au plus une dizaine de maisons dans les environs. Je ne vais pas avoir des masses de raison de me fringuer ici.
On me présente à mon prof et, d'emblée, il m'explique comment il voit les choses.
Debout à 5h45, méditation de 6h à 7h, Qi-Qong - Tai Chai ou Yoga jusque 8h30. Déjeûner jusque 10h. Cours jusque 14h. Dîner jusque 16h. Cours jusque 19h. Souper à 20h. Et, dans la foulée, il me conseille de me coucher tôt vu l'heure du lever.
Tout ça pendant 12 jours d'affilée. Normalement, il y a un ou deux jours de libre au milieu mais vu que je ne reste que 13 jours, on verra si j'apprends vite ou pas, mais je risque de ne pas avoir la possibilité d'avoir un seul jour.
Tout ça avec un grand sourire.
Et il me répète encore une fois quelle chance j'ai de pouvoir étudier dans ces conditions.
Moi, là, je ne sais plus trop. C'est comme si il venait de me mettre un coup à l'estomac. Je ne voyais pas du tout les choses comme ça. Je secoue la tête, un peu sonnée et lui répond: ok.
Je comprends aussi que, non seulement la plupart de mes fringues sont inutiles mais mon maquillage et mon sèche-cheveux sont du plus haut ridicule dans cet endroit.
Je suis complètement larguée, hors de mon environnement familier. Je me sens comme un poisson hors de l'eau.
Je monte dans une des chambres défaire mon sac et m'installer dans un flou artistique et, après avoir mangé, je vais me coucher.
Premier jour, je me lève, comme un bon petit soldat à 5h45 pour aller méditer. Tout un programme.
Déjà, méditer pour moi, ça veut dire s'asseoir sans bouger point. Que nenni. L. me donne toute une série d'explications sur le pourquoi du comment, ce qu'on peut ressentir, ce qu'on peut ou ne pas faire, comment s'asseoir, etc etc.
Ah, et bien sûr, pour profiter des bienfaits du truc, on va faire ça dehors. Sauf que dehors à 6h du mat', assis par terre, il fait froid. Je comprends mieux pourquoi il est super habillé et avec une grosse couette. Il aurait pu me prévenir hier. Je remonte chercher une couverture, un pull, et un coussin et m'installe. Une heure comme ça, sans bouger, c'est long. Très long. Faut penser à rien a-t-il dit, laisser les pensées nous passer à travers. Facile à dire. Puis, il ne faut pas faire attention à ce qui passe autour, nous sommes comme des enregistreurs, on entend mais on interagit pas. Ca aussi, c'est facile à dire.
Et quand les moustiques nous tournent autour, on fait quoi? On se laisse dévorer gentiment en respirant profondément?
Aie, j'ai ma jambe qui dort, je ne sens plus rien jusqu'à ma fesse. Est-ce que je peux me déplacer un chouia pour avoir à nouveau le sang qui circule? Zut, c'est pire. Maintenant, c'est comme si on m'enfonçait des millions d'aiguilles partout.
Cahin-caha, l'heure passe et, enfin, on peut bouger. L. me demande comment je me sens. Je sais pas trop quoi lui répondre.
On enchaine directement avec le Qi-Qong. En gros, c'est comme du Tai-Chi encore plus lent et avec des mouvements plus petits. Pour moi, c'est un peu de l'ordre du concept ce qu'il m'explique. J'ai beau m'appliquer, je vois pas toujours trop bien où il veut en venir. Une heure trente comme ça, mouais....
Enfin, après tout ça, j'ai le droit d'aller déjeûner. Je crève de faim et je suis déjà lessivée. J'ai l'impression d'être dans un camp d'entrainement militaire.
10h, le cours de massage commence et, avec lui, le vrai entrainement digne d'un GI. Pendant 4h, après m'avoir montré une fois, il va me faire refaire encore et encore les mêmes mouvements jsuqu'à l'overdose. A la fin, je suis moulue. Et dire qu'il reste encore 3h de cours en fin d'après midi....
A 20h, j'avale mon souper dans un état second et à 21h, je dors comme un bébé.
Je ne vais pas raconter les 12 jours un par un, ça n'aurait pas grand intérêt. Le plus drôle étant le premier jour, voire le second. Après, comme tout le monde, je me suis acclimatée.
La méditation a pris sa juste raison d'être ainsi que le Qi-Qong. Et, si les cours m'ont pas mal malmenée, je dois reconnaitre que ça m'a surtout fait beaucoup de bien finalement.
Un épisode de méditation me revient: à force de me répéter que je devais être imperméable aux événements extérieurs, une des séances avait été une vraie torture puis une vraie victoire quand le chien de la maison est venu minutieusement me lécher tout le visage pendant un long moment. Et moi, toute fière, je le laisse faire en me détachant un maximum. Je raconte ça à mon prof après la séance et lui me dit simplement "fallait le chasser". J'ai éclaté de rire.
Quand aux cours de massage, mon corps a pas mal rouspété au début. Au point que le 3eme jour, je ne savais plus bouger. Complètement bloquée la nana. C'était plus un torticolis mais quasi tout le haut du dos qui ne bougeait plus. Je suis descendue comme un robot voir mon prof après avoir zappé la méditation et lui expliquer que je ne pourrais pas faire de massage. Il m'a regardée et d'un ton docte m'a répondu que les douleurs étaient des messages que mon corps cherchait à me faire comprendre. Que ça ne servait à rien de ne pas travailler, qu'il fallait que je dépasse cette douleur et que mon corps s'acclimaterait. Je dois vous avouer que, sur le moment, j'ai eu une furieuse envie de le gifler. N'étant pas d'une nature belliqueuse hors de mon environnement familier, j'ai commencé le cours en pleurant pour me rendre compte qu'une fois à chaud, la douleur disparaissait bien.... pour mieux revenir une fois à froid. Ca a duré quelques jours puis ça s'est arrêté.
Faut croire qu'il avait raison.
Aujourd'hui, je rigole quand je repense à cette expérience et, si j'ai vécu tout ça de près, je comprends mieux le décalage que j'ai dû représenter pour eux.
Maintenant, des années plus tard, j'ai pris l'habitdue de voyager en sac à dos avec le minimum possible, dans des conditions parfois un peu imites. il est certain que si j'ai un jour la chance d'y retourner et de les revoir, les choses seront sûrement différentes.